Sauter, pour mieux voler de ses propres ailes

« Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre,
S’efforçant de lutter comme de te défendre,
Tu seras un homme mon fils… »

Nul mieux que cet extrait du poème de Richard Kipling ne saurait exalter les vertus du courage, indispensables à façonner une existence. Nécessaire à chaque étape de la vie, l’épreuve l’est plus encore à l’instant du passage à l’âge adulte, ce moment transitoire où chaque être acquiert sa stature d’homme. Et c’est pour franchir ce cap, autant que pour vaincre les peurs, qu’à l’initiative de son président Francis Mahiout, l’association « L'Espérance pour un avenir solidaire » avait convié sept jeunes Parisiens à relever le défi d’un stage de parachutisme.

Voler. Laisser le corps s’abandonner au vertige du vide, c’est depuis la figure d’Icare, le rêve de bien des adolescents. Sauf, qu’entre ce désir de jouer à l’homme-oiseau et sa réalisation concrète, il y a un large espace d’appréhension à combler.

Soucieux de mettre ces jeunes en confiance, le maître de céans avait tout prévu. Accueil, hébergement dans l’environnement idyllique de l’Ampurdan catalan, les meilleures conditions étaient réunies. A l’image du dîner de bienvenue, qui suite à une première visite sur la Drop Zone d’Amuriabrava, suscita son comptant de satisfaction… comme d’interrogations.

« D’où sautait-t-on de l’avion ? Comment se déclenchait l’ouverture du parachute ? Saurait-ton bien gérer la réception au sol ? » Autant de questions que la formation du lendemain allait résoudre, mais qui le jour « J » s’intensifièrent avec acuité.
Pour cause de mauvais temps, la date fatidique fut reportée de quelques jours sans en diminuer cependant l’appréhension.

 

Bien qu’ayant intégré les différentes consignes de la formation - détails de l’équipement, attitudes à bord de l’appareil et position des bras et des jambes-, les candidats n’en menaient pas large. Et l’anxiété palpable dès l’accès dans l’avion, s’accrut au fur et à mesure de l’ascension, jusqu’au fameux seuil des 4000 mètres où tout recul devenait interdit. Là, entre le grondement des hélices et le vent qui giflait visage, les yeux fixés sur la loupiote rouge exacerbaient la pression. Jusqu’à ce qu’au passage de la couleur verte, le « Go » libérateur du moniteur transcenda l’accumulation des peurs.

D’un coup, l’ivresse, la plénitude ! Entre la beauté du paysage Ampurdanais, la communion du silence et du vide, et le ciel qui par-delà la corolle s’ouvrait sur l’infini d’azur, « la sensation était indicible » souligneront les jeunes Parisiens.

Un deuxième saut succédera à ce baptême d’envol. Plus appliqué dans la gestuelle, mieux maîtrisé par la forme et la réception, mais qui s’avérera tout aussi fascinant dans la sensation.

Au sentiment d’inquiétude de l’avant-veille, l’irremplaçable agrément d’une conquête sur soi-même avait rempli les coeurs.  
Par leur aptitude au dépassement, chacun d’eux avait ainsi fait sienne la fameuse devise du « Qui ose gagne » et prouver sa volonté de se confronter au futur.
Sauter, en quelque sorte, pour mieux voler de ses propres ailes. Conformément à l’esprit de ce que  « L'Espérance pour un avenir solidaire » avait souhaité insuffler à leur intention.